• Objectif spécifique
- Analyser les aspects négatifs du tourisme sur la société
• Contenu
➢ Tourisme et valeurs locales
Selon G. VERGINOL : «l’impactleplusvisiblequeletourismepeutpesersur lesvaleurstraditionnellesvientdecequecertainesrelationssocialesethumaines passentdanslemondeéconomique; elles deviennentunélément de ressources financières indispensableàl’existence»17 . Cela fait simplement penser à une réduction économique du tourisme. Le contraste économique existant entre les touristes et la population locale est telle qu’il ne peut ne pas être perçu qu’avec une grande acuité par cette dernière.
Ainsi,selon Raymond NORONHA,«l’incidencelaplusgravesurlesvaleursest que le tourisme commercialise les relations et que les contacts sans contenuéconomique,deviennentmarginauxparrapportauxautres»18. Autrement dit, le touriste va véhiculer une culture où tout s’achète et où l’argent lui-même est un symbole. Il va trouver dans l’acte de dépenser la puissance et l’aisance qu’iln’apas durant l’année dans son pays. Il pensera pouvoir tout acheter, pouvoir tout
17 G.VERGNIOL, 1974, Op. cit., p.143.
18R. NORONHA, 1977, Dimensions sociales et culturelles du tourisme, Projet de rapportàla Banque mondiale, p.68.
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consommer, tout regarder ou tout photographierdans la mesure où il est prêtàpayer. Le touriste réduit donc le mondeàsa poche. A cet égard, Pierre FABRE affirme :
«oubliantalorsnombredevaleursdelasociététraditionnelle,lesrésidentsvont considérerlevisiteurcommeunhomooeconomicussouventméprisémaiségalement flatté»19. Pierre FABRE souligne ici les formes concrètes de cette réductionéconomique du tourisme. Pour lui donc,«lesautochtonesquivoientlesvisiteurs dépenserenunjourcequ’euxmettentsouventunmoisàgagnersontattirésparla facilitéavec laquelleilestpossibledegagnerenquelquesinstantsunpourboire représentantdesheuresdetravailacharnédanslesecteurtraditionnel»20.
Cet aspect de la réduction économique du travail pourrait donc avoir des répercussions socio-économiques graves dans la mesure où «le tourisme peut détournerlespopulationsdeleurlabeurparcequepouvantgagnerfacilementde l’argent.Letourismedoncpeutcontribueràcréerunementalitéplusprochedel’essor individuel, voire de la mendicité que de la mobilisation des énergies pour une croissanceéconomique»21.
Au total, Il est important de souligner que la plupart des auteurs sont tombés d’accord sur les aspects négatifs de la réductionéconomique du tourisme. A cet égard, Raymond NORONHA,àpartird’une étude réaliséeàBali,nous montre que «l’arrivée dutourismedemasseafaitquelesbiensetservicesquiétaientpartieintégrantede laviepersonnelleetsocialesontmaintenantcommercialisésetoffertscommedes produits»22.
19 P. FABRE, Op. cit., p.141. 20 P. FABRE, ibid., p.141.
21 P. FABRE, id., p.141.
22 R. NORONHA, 1977, Op. cit.p.8O.
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Les auteurs qui se sont occupé de la question sont tous d’avis que la commercialisation est une novation fondamentale qui, si elle n’est pas entièrement due au développement du tourisme, est accélérée du moins par ce développement touristique.
Par ailleurs, il urge de noter que cet aspect de commercialisation du tourisme est du reste entretenupar des acteurs (touristeset habitants)toujours prêtsàdonner ce qui leur est propre. A cet égard, Abdel Wahab BOUHDIBAaffirmeque«sicertains genssontprêtsàpayerdesbiensetservicesetqued’autrespuissentlesfournir,un marchéetdesrelationscommercialess’établirontinévitablement»23. Le tourisme apporte donc des changements qui ne diffèrentpas d’autres formes de modernisation. D’ailleurs, certaines études effectuées attribuent aussi au tourisme le changement dans la moralitéet les habitudessexuelles. Il semble donc que le tourismeest souvent cité comme facteur de perturbations des us et coutumes.
Ainsi, selon S. BILLET, «lescoutumesàsignification,socialeprofondequi formentlatraditionn’intéressentlesvisiteursqueparleuraspectextérieur.Le contenusymboliqueenesttransformé:defacteurdecohésionsociale,latradition devientunplaisirludique»24. Cette dénaturation externe des pratiques sociales est perturbatriceàcause du nombre de visiteurs impliqués et du rythme imposé aux démonstrations ; En effet, pour BILLET, «cerythmenerépondgénéralementplus auxbesoinsinternesdelasociétélocalemaisauxarrivagesdesgroupesentours
organisés»25 . Petitàpetit,une partiedes coutumes va perdre sa significationsociale au profit d’un spectacle rémunérateur pour les acteurs, mais galvaudant des signes sociaux.
23A. W. BOUHDIBA, 1976, Impacts du tourisme sur les valeurs traditionnelles en Tunisie, Washington D.C., Etude commune UNESCO, Banque Mondiale p. 55.
24 S. BILLET, 1975, Tourisme, l’envers du décor ou la fin des idées simples, Paris, Economica, p. 12. 25 S. BILLET, 1975, Op. cit., p.14.
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Certains auteurs ont prétendu que la plupart des perturbations sociales culturellesengendrées par le tourismedans les pays en développement ont d’une part comme fondement une certaine fragilisationdes économies locales et d’autrepart,une certaine imitation des populations locales, d’un style de vie adopté par les touristes. A cet égard, DE KADT souligne qu’aux Seychelles «lesjeunesfillesrecherchentle contactaveclestouristes(etaveclesblancstravaillantdansl’île)peutêtredans l’espoir d’un mariage prestigieux avec un étranger, peut-être dans l’espoir plusélémentaired’êtreamenéesdansuneboitedenuit,desefairepayerunverre,de recevoirdel’argentetdescadeauxetd’échapperneserait-ce qu’unmomentaux péniblesréalitésdel’existencedetouslesjours»26.
Dans certaines zones du pays, avec la fragilisationéconomique qui a cours dans de nombreuses structures sociales, le tourisme offre souvent un terreau fertile au développement de la prostitution et de la criminalité dans la ville. Des études effectuéesàcet effet démontrentque le tourismeest un facteur de transformationdes valeurs sexuelles, impliquant même dès fois des enfants. Pour Jean Claude EUDE,«l’ampleuretlagravitédutourismesexuelimpliquantdes enfants,devientun phénomène de plus en plus croissant et une problématique pour l’industrie touristique»27. Pour lui, pour luttercontre l’exploitationsexuelle des enfants, il faut :
«d’unepart,réduirelademande,encollaborationavecl’industrietouristiqueparla dissuasion; -d’une part, agir au niveau des sources de l’offre dans les pays de destination,partouslesmoyensadéquats»28.
26 E. DE KADT, 1979, Op. cit, p. 63.
27 J. C. EUDE, 1999, La lutte contre le tourisme impliquant des enfant , in Le Courrier, n 175, p. 61. 28 J. C. EUDE, Op. cit., p.61.
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Tout compte fait, il ne faut pas perdre de vue que le tourisme dans certains domaines peut apporter des changements favorables. Les valeurs locales y gagnent lorsque les touristes accordent du prix à des éléments de l’environnement qui passaient précédemment pour aller de soi.
Si certains changements s’expliquent pour une large part par le contact direct avec les touristes, d’autres peuvent résulter du simple exemple, c’est-à-dire l’imitation. Il est des changements qui proviennent de la simple observation des touristes. Ainsi, l’effet de l’exemple est facilement et fréquemment visible dans les habitudes de communication qui se modifient par imitation de celles des touristes.
BOUHDIBA le fait remarquer lorsqu’il écrit : «unballondeplage,uneserviettede bain,unbâtonderougeàlèvreouunepairedelunettesdesoleilreprésententune tentationetuneattitudeàgoutterdescharmesindirectsmaisencoredéfendusdela sociétédeconsommation»29.
Àcet égard, nous pouvons signaler une fois de plus que le tourisme n’est que l’un des facteurs du changement. D’autres forces comme la radio, la télévision, la presse ou la publicité commerciale, sont assimilablesàl’effet de l’exemple. Lorsque les touristes riches côtoient les populations pauvres, il ne faut pas s’étonner d’attitudes négatives envers les touristes, de ressentiment en vue de leur richesse et
de leur confort. Selon BOUHDIBA«letourismeétalelescomportementsd’unesociétédegaspillagesouslesyeuxd’unesociétédebesoin.Lefosséentrelessociétésriches etlessociétéspauvresn’estplus,dèslors,uneattraction,c’estuneréalitédetousles jours.»30.
29A . W. BOUHDIBA, 1976, Op. cit., p. 126. 30 A. W. BOUHDIBA, 1976, Op. cit., p. 128.
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Résumant les approches qui ont essayé d’évaluer l’impact du tourisme sur le développement d’une localité, nous remarquons qu’il existe deux courants distincts. Un courant qui considère le tourisme comme secteur régulateur dans les économies en développement en tant que source importante de devises, d’emplois et d’investissements. Et un autre courant qui considère le tourisme comme ayant des effets négatifs sur le plan culturel et social.
Sur le plan des arts et manifestations culturelles, J. FORSTER pense que«l’appétitaveugledestouristespourlessouvenirsetlarecherchedelacouleurlocale quiévacue l’espritcritiquesontdes causes dudéclindelaqualitéartistiqueet culturelledesobjetsfabriqués»31 . Dans le même ordre d’idées, GAVIRIA prétend :«qu’àpartirdumomentoùlaproductionartisanaleestsoumiseauxexigences du tourismedemasse,ellen’estplusquelafabricationdesimplessouvenirsquinesont pas nécessairement des objets de l’artisanat traditionnel»32. Contrairement àGAVIRIA, ANDRONICOU pense que : «le tourisme loin de conduireàune dégénérescencedesartsetdesobjetsartisanauxauraitcontribuéconservationetàleursurvie»33 . Il parled’«élandonnéàlarevitalisationdesmétiersartisanauxdont certainsétaientmoribonds»34. Et il ajoute que «sansledéveloppementdutourisme, plusieursdecesmétiersseseraientdéfinitivementéteints»35.
Faceàtoutes ces observations relatives au rôle du tourisme sur les arts et métiers artisanaux,force est de constater que par un désir de satisfactiondes besoins des touristes,les arts peuvent perdre leur valeur du fait d’une certaine adaptabilitéàla demande touristique ; il est donc clair que cette demande touristique en matière
31J. FORSTER, 1979, cité par DE KADT, Op. cit., p. 67.
32 M. GAVIRIA, 1976, L’industrie de masse en Espagne , Communication au cycle d’étude commune, UNESCO, Banque Mondiale sur les effets sociaux et culturels du tourisme, Washington D.C., p. 10.
33 ANDRONICOU, 1977, cité par R. NORONHA, Op., cit. p. 29. 34 ANDRONICOU, 1977, cité par R. NORONHA, op, cit, p. 29. 35 ANDRONICOU, 1977, cité par R. NORONHA, idem, p. 29.
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d’arts, de souvenirs, peut ne pas accorder assez d’attentionàla possibilitéde satisfaire les besoins des populations locales et de les impliquer réellement dans le développement des activités touristiques.
Toutefois, il faut reconnaître que l’ambition première des politiques actuelles pour l’épanouissement du tourisme est l’implication des collectivités locales dans les activitéstouristiquesqui doit nécessairement être un gage pour un tourismedurable.
➢ Les effets négatifs du tourisme sur les collectivités réceptrices
Cette situationn’est pas sans créer de problèmes au plan socioculturel.En effet, le tourisme est une activité dont les effets socio-économiques et culturels sont inséparables. Il met en relation des individus issus de milieux culturels différents. L’activité touristique s’inscrit dans la logique du système capitaliste. De ce fait, elle apparaîtcomme un moyen de pénétrationdes modèles sociaux des pays émetteurs de touristes. Ainsi, la transformation progressive des structures sociales dans les pays d’accueil s’effectue inexorablement. De ce point de vue, François ASCHER soutient :
" L’efficacitédutourismevientenpartiedufaitqueletourismeestenmêmetemps etaumêmelieuproductionetconsommation.Ildiffuseainsisimultanémentles rapportsdeproductionetdeconsommationdespaysindustrialisés"36.
Avec leur potentiel touristique assez développé et la grande évolution de ce secteur dans le domaine socioculturel, les sites du pays sont aussi devenus un cadre privilégié dans lequel ont fait jour beaucoup d’effets pervers liés aux activités touristiques. Autrement, le tourisme est souvent cité comme étantàl’origine de nombreuses perturbationssociales et culturellesobservées dans ces localités. En effet, la présence des touristes a entrainé un choc culturel sur les populations autochtones
36 François ASCHER. Les impacts socioculturels des sociétés transnationales de tourisme dans les pays en voie de développement. Paris :UNESCO. Division des études économiques. Septembre 1980.
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parce que leurs comportements sont,àplusieurs égards, aux antipodes de valeurs culturelles locales.
D’après les constats faits, la montée en puissance de l’industrie touristique dans le pays a faitnaîtrede nombreuses tensions socioculturellesdans cette localité et beaucoup de changements sont intervenus aux niveaux des comportements et de l’identité de certains habitants locaux par l’effet d’imitation qu’elle peut entrainer surtout chez la catégorie jeune. En réalité, cette activité a introduit de nouveaux modes d’agir, d’attitudes et de conduites tournés le plus souvent vers la recherche de l’argent facile. C’est dans ce sens qu’il faut situer et comprendre selon plusieurs enquêtés l’expansion grandissante de la prostitution, le développement de l’homosexualité, la progression fulgurante de la mendicité et de la pédophilie, la consommation de drogue qui constituent, sous ce rapport, autant d’exemplesédifiants.
C’est devenu un spectacle insoutenable que de voir de très jeunes personnes aux bras de personnes qui peuvent avoirl’âgede leurs grands-pères ou grand-mères selon le cas. Cette image est devenue d’une banalité déroutante dans les stations balnéaires où des jeunes gensàla musculature bien taillée se promènent au grand jour avec leur conquêted’âgetrès avancé.
Certains jeunes sont devenus des homosexuels suiteàleur rencontre avec desétrangers qui viennent leur faire découvrir ces dérives sexuelles avec leur argent. Nous ne sommes pas contre les mariages mixtes s’ils sont scellés sur la base de l’amour. Mais il y a un problème quand visiblement l’argent est en jeu, avec des personnes de trop grandes différences d’âge. Le sexe devient de plus en plus la valeur de la destination touristique.
Les émigrés utilisentaussi le même procédé ailleursen Europe, aux Etats-Unis pour s’assurer une bonne intégration.
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Tous ces phénomènes qui guettent de manière générale les populations locales apparaissent dans bien des cas comme des facteurs de destruction de l'équilibre et de la cohésion des familles et des groupes sociaux. Or, de tels bouleversements et mutations qui participent très largementàune dégradation des valeurs socialeséthiques, morales de la culture locale.
Dans ce " processus de larbinisation", selon les termes de Jacques BUGNICOURT, les modèles de référence de la société traditionnelle se trouvent généralement dépréciés. Or, les contraintes sociales ne doivent pas faire sauter nos valeurs de "ngor" (dignité), "soutoura" (pudeur), et de "ngëm"(foi).
L’interventionne frise pas la xénophobie. Ce n’est pas non plus qu’on a peur de l’étranger. Seulement, il faut une société forte qui revienneàses valeurs.
De même, les éléments culturels artistiques sont pervertis et seul ce qui peutêtre vendu se développe. C’est ce qui fait direàPierre ROSSEL : " Letourismene laissesurvivrelaculturelocalequesouslaformed’unfolklorecommercialisableetde plusenplusfrelaté"37.
Au Sénégal, les enquêtes menées par Isidore Mbaye DIENG et Jacques BUGNICOURT sur la perception des acteurs qui tournent autour du secteur touristique sont très édifiantes des conséquences d’un tel secteur sur la dégradation des mœurs. Ils citent les propos d’une femme qui reconnaît : " Jesuisunefemmede vieetjenelecachepoint.Jetraiteavectoutlemonde,touristeoupastouriste. L’essentielpourmoiestquemonclientmepaieassez.J’aiunprixquivarieentrecinq etdixmillefrancspourlesétrangersetentretroisetcinqmillefrancspourles Africains"38.
37 Pierre ROSSEL. Tourisme et Tiers-Monde : un mariage blanc. Paris : Ed Favre, Collections CETIM. P. 71.
38 Isidore Mbaye DIENG et Jacques BUGNICOURT. Les touristes vus par ceux qui les servent. Cité par BOUTILLIER. Dakar : ENDA-IDEP. 1978. P.136.